Ministère de l'Économie Forestière et de l'Environnement - Ministry of Forest Economy and Environment
Le ministre de l’Economie forestière et de l’Environnement, Henri Djombo a prononcé un discours à la réunion sur le partenariat interbassins hydrologiques et forestiers du Congo, de l’Amazonie et du Mekong/Borneo qui se tient du 6 au 8 novembre à Montréal au Canada. Voici l’intégralité de ce discourse:
Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers Collègues, Madame le Directeur Président du Fonds pour l’Environnement Mondial, Monsieur le Secrétaire Exécutif de la Convention sur la Diversité Biologique, Distingué participants, Mesdames et Messieurs,
C’est pour moi un honneur de louer les efforts déployés par Monsieur Ahmed Djoghlaf, Secrétaire Exécutif de la Convention sur la Diversité Biologique, qui a bien voulu accepter d’organiser à Montréal, la réunion visant à définir les modalités d’établissement d’un partenariat entre les processus existants en faveur des bassins hydrologiques et forestiers de l’Amazonie, du Mékong/Bornéo et du Congo.
Cette initiative est la réponse favorable à la requête formulée, en février de cette année, en application de l’article 5 de la Convention sur la Diversité Biologique.
La volonté de promouvoir la coopération sud-sud dans le domaine de l’environnement a été davantage exprimée le 25 mai 2006 par le gouvernement congolais qui a suggéré l’organisation, avant la fin de cette année, de la première réunion de concertation entre les trois bassins tropicaux du monde, sous forme d’un dialogue actif, en vue d’harmoniser les pratiques de gestion durable de la flore et de la faune.
Lorsque nous nous sommes retrouvés en concertation restreinte en novembre 2005 à Jakarta, en marge de la réunion sur le Plan Stratégique de Bali, mes collègues Ministres de l’Environnement du Brésil, de l’Indonésie et moi-même étions loin d’imaginer une concrétisation de la présente rencontre.
En effet, cette rencontre de Montréal est, sans contexte, le cadre approprié pour initier une action dans ce sens.
La concertation vise donc à amener les pays tropicaux du monde, qui disposent de la plus grande quantité de ressources en eau douce et de vastes étendues de forêts denses, à sceller un partenariat pouvant permettre un échange fructueux d’expériences dans le domaine de la recherche forestière, de la transformation plus poussée des produits forestiers, de la séquestration du carbone, de la lutte contre les espèces allogènes envahissantes, de l’exploitation des ressources forestières à impact réduit, etc.
Au moment où la communauté internationale invite les pays en développement à une prise de conscience vis-à-vis de la paupérisation de leurs populations, il est plus que normal que des opportunités comme celles-ci soient saisies et explorées pour la résolution de leurs problèmes au quotidien.
Les principaux objectifs visés par cette réunion sont les suivantes:
- l’identification des mécanismes pouvant favoriser des négociations pour un partenariat unique en matière de gestion et de conservation de l’environnement tropical;
- la recherche des voies offertes par l’émergence d’un cadre d’échange permanent à travers une coopération exemplaire et le renforcement des capacités humaines;
- la définition des options visant à coordonner les actions en vue d’une gestion rationnelle du patrimoine naturel des populations concernées.
L’important rôle de poumons écologiques de la planète que jouent les trois bassins hydrologiques et forestiers de l’Amazonie, du Mékong/Bornéo et du Congo, devrait susciter une attention particulière auprès de tous les acteurs (écologues, exploitants, sociologues, anthropologues, etc.) dans la préservation de l’équilibre global.
Sans conteste, les forêts tropicales pour les populations qui y vivent, non seulement, représentent la principale source de subsistance, mais surtout constituent un environnement socio-économique et culturel fondamental. Elles sont la réserve la plus importante de la biodiversité terrestre.
La valeur économique explicite et la compensation découlant des services environnementaux, qu’offrent les forêts tropicales, peuvent être utilisées de façon pérenne, pour améliorer le bien-être des populations, notamment des peuples autochtones, tout en garantissant un développement durable. Cependant, il est impératif que les pays tropicaux concernés soient en mesure d’observer les standards écologiques et sociaux.
Comme vous le savez, plus de 60% des populations des pays d’Afrique Centrale vivent dans la pauvreté et elles dépendent de la forêt pour satisfaire leurs besoins vitaux en nourriture, en médicaments, en habitat et en énergie.
Par ailleurs, les forêts du Bassin du Congo concourent à la régulation du climat mondial par l’absorption du gaz carbonique, la libération de l’oxygène, la protection des bassins versants, des sources d’eau et des sols.
Par exemple, pourraient-on ignorer les répercussions d’une exploitation incontrôlée des forêts du Bassin du Congo sur l’équilibre écologique mondial, avec pour conséquence, la jonction à terme du Sahara au Kalahari?
Malheureusement, il est constaté une absence partielle ou totale de solidarité, pour accompagner les pays du Bassin du Congo, dans la prise de mesures visant à protéger certaines espèces de biodiversité en danger et/ou menacée d’extinction.
La conservation des forêts tropicales exige non seulement une coopération entre les pays industrialisés et les pays en développement, mais aussi l’établissement d’un cadre permanent d’échanges d’informations et d’expériences entre les pays du sud en matière d’aménagement durable des forêts, d’industrialisation de nos filières bois et de meilleures connaissances de nos marchés.
Il est important de développer de modèles favorisant la protection des écosystèmes et la préservation du cadre de vie des populations autochtones dans les régions concernées, d’une façon écologiquement et économiquement réaliste et par des moyens appropriés.
Le gouvernement du Congo, préoccupé par la situation des peuples autochtones des pays d’Afrique Centrale, se propose d’organiser, du 27 février au 1er mars 2007, un forum sous-régional des peuples autochtones. Cette initiative donnera, nous le croyons, l’opportunité aux Akas de Centrafrique et du Congo, aux Bakas du Cameroun, aux Kwas du Rwanda et au Bongos du Gabon et du Congo, d’intérioriser leurs savoirs traditionnels, comme édictés par la Convention sur la Diversité Biologique.
Le Plan de convergence pour la conservation et la gestion durable des forêts d’Afrique Centrale comprend dix axes stratégiques à mettre en œuvre sur une période décennale. Cet ambitieux programme ne pourra s’exécuter qu’au moment où les Etats signataires du Traité de la COMIFAC auront sécurisé son financement, estimé à 1.500 milliards Francs CFA sur dix ans. Pour couvrir ce montant, qui correspond à une année d’investissement sous forme de subvention à l’agriculture par l’OCDE, il est indispensable de créer des mécanismes souples de financement.
Je voudrais terminer mon propos en lançant de nouveau un appel appuyé aux autres pays qui font partie intégrante des trois bassins, de saisir cette occasion pour:
- partager les connaissances accumulées dans la pérennisation de leurs écosystèmes hydrologiques et forestiers, afin qu’ensemble nous puissions tirer les bénéfices réels que ceux-ci peuvent procurer;
- envisager les négociations autour d’un cadre formel de coopération et de collaboration entre les organes régionaux de gestion des écosystèmes forestiers et hydrologiques, ainsi qu’entre les pays dans au plan bilatéral.
Vive la coopération internationale.
Vive la coopération entre les Bassins Hydrologiques et forestiers de l’Amazonie, du Mékong/Bornéo et du Congo.
Vive l’unité des peuples du monde.
Je vous remercie.
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